La légine est devenue un must des tables japonaises et américaines au milieu des années 1990. Son prix élevé et son abondance ont aussitôt attirés les filières de pêche espagnole puis asiatique, qui l’ont exploitée au mépris des règles nationales et internationales. Cette pression était trop forte sur une espèce qu’une évolution lente et une maturité sexuelle tardive rend particulièrement vulnérable : entre 1997 et 2001, au plus fort de son activité, on estime que la pêche illégale représentait une ponction 3 fois supérieure à celle de la pêche autorisée dans les eaux de Kerguelen.

Les autorités en charge de l’action de l’État en mer ont alors décidé de réagir vigoureusement.


La pêche illicite

De 1997 à 2000, 20 navires de pêche illicites ont été arraisonnés par les bâtiments de la marine nationale, puis déroutés vers la Réunion, pour être enfin confisqués par décision de justice. Depuis 2001, 2 autres navires ont connu le même sort.
Ces arraisonnements ont porté un préjudice incontestable aux intérêts qui exploitent la légine sans autorisation ni scrupule. Mais la réduction, à partir de 2001, du nombre des interceptions ne s’explique pas par une diminution du braconnage. Elle résulte très probablement d’une plus grande prudence de la part des braconniers, qui se sont adaptés à la menace que leur fait courir le dispositif naval français (1).

Depuis 2001, les autorités en charge de la lutte à la Réunion ont porté le projet intitulé « Radarsat » qui permet une détection par radar des navires situés dans les ZEE de Kerguelen et de Crozet à partir d’un satellite. Le système fonctionne en mode opérationnel depuis le mois de février 2004. Il est financé conjointement par les ministères des transports de la défense et de l’Outre mer.

En janvier 2003, le navire Lince était arraisonné par la marine nationale. Confisqué par voie de justice, il a été mis aux normes et armé en personnel pour devenir l’Osiris, navire d’État affecté à la surveillance des pêches. L’Osiris effectue chaque année environ 150 jours de patrouille, ce qui permet de couvrir l’essentiel de l’année, compte tenu des patrouilles effectuées par les bâtiments de la marine nationale.

Les actions diplomatiques menées localement après chaque observation suspecte dans les eaux internationales de la CCAMLR ont permis d’accentuer la pression exercée sur les États complices. Ainsi les Seychelles ont radié de leur registre les navires de pêche désignés comme illicites par la France, et Maurice s’est apparemment retirée de son rôle de base arrière des braconniers.

Cette multiplication de moyens de lutte complémentaires a porté ses fruits : tous les indicateurs montrent que les navires de pêche illicite ne fréquentent plus les ZEE des Taaf depuis plus d’un an à de très rares exceptions : raréfaction des indices sur zone, et surtout, confirmation par le système Radarsat de la défection des illicites.

Le dernier de navire de pêche illicite à avoir été arraisonné est l’Apache, pavillon Honduras, le 25 juin 2005. Ce dernier avait bravé la loi française et posé des palangres dans la ZEE de Kerguelen. Puis il s’était réfugié dans les eaux internationales pour tenter d’échapper au navire de contrôle. Avec la bénédiction de son État du pavillon, le navire de surveillance de la marine nationale l’a toutefois intercepté, visité et dérouté sur le Port à la Réunion. Sa confiscation, décidée en première instance, et confirmée en appel, a fait l’objet d’un pourvoi en cassation. La pression constante et la menace portée au-delà des limites de la ZEE se sont avérées payantes.

La pêche illicite n’est pas totalement éradiquée, car des navires sont régulièrement observés en pêche dans les eaux internationales de la zone de compétence de la CCAMLR. Toutefois, le harcèlement permanent a provoqué un climat d’incertitude peu propice à la bonne marche des affaires illégales.

La légine a été fortement menacée par des prélèvements sauvages). L’arrêt de la pêche illicite à partir de la fin 2003 soulage une ressource fortement fragilisée, et l’on estime aujourd’hui qu’un plateau est atteint dans l’inquiétante tendance à la baisse des rendements de pêche.

Téléchargez la publication "Toothfish crises, actor diversity and the emergence of compliance mechanisms in the Southern Ocean" par Henrik Osterblom (document en anglais).

 

(1) Notons que la pression du dispositif répressif français est peut-être à l’origine d’un repli des illicites vers les eaux australiennes, dans lesquelles deux arraisonnements ont été conduits en 2003 et 2004. La coopération avec l’Australie, qui dispose depuis 2005 d’un navire de contrôle armé, et concrétisée dans un traité relatif à la surveillance des pêches signé en 2003, renforce la tactique de harcèlement

 





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