L’évaluation

POKER 1

La gestion des pêches assurée par les contrôleurs de pêche des Taaf nécessite la collecte d’informations tant statistiques que biologiques pour évaluer l’état de la ressource et l’impact environnemental de la pêcherie Dans le cas de la ZE des îles Kerguelen il manquait cependant un état actualisé de la biomasse des ressources halieutiques puisque la dernière évaluation remontait à la période 1987/88. Pour y remédier, les Taaf ont décidé de réaliser une campagne scientifique baptisée « POKER » (POissons de KERguelen). afin d’obtenir des données actualisées sur la biomasse des espèces exploitées, la légine mais aussi les autres espèces de poisson.

L’Austral, propriété de la SAPMER a appareillé le 29 août 2006 avec à son bord une équipe scientifique de six personnes (2 ingénieurs halieutes, 2 contrôleurs de pêche, 2 assistants) sous la direction du Professeur Guy Duhamel du Muséum national d’histoire naturelle.

Le MNHN avait défini un cadre de travail visant à réaliser en 45 jours, une couverture maximale de la zone économique exclusive de Kerguelen par des chalutages standardisés et aléatoires, les résultats devant être représentatifs de la biomasse de toutes les espèces de poissons ciblées.

A l’issue de chaque coup de chalut, l’équipe scientifique se répartissait par bordée afin d’effectuer :
- le tri de toutes les espèces, numération et pesée
- les mensurations et pesées individuelles de toutes les espèces commerciales et accessoires
- l’analyse biologique complète ou partielle, sexe, stade sexuel, contenu stomacal
- les prélèvements d’otolithes et d’écailles (afin de déterminer l’âge)
- les prélèvements de tissus (génétique des espèces et des populations) et de cellules (caryologie)
- les prélèvements de spécimens (collection, complément identification…)
- le marquage et la remise à l’eau de légines (évaluation complémentaire de biomasse, de croissance

En 2 mois, plus de 200 stations de chalutages ont été réalisés, entre 100m et 1000m de profondeur, environ 70 000 spécimens ont été capturés.

Premiers résultats

En comparaison avec les résultats des campagnes SKALP (1987/88), il est à noter que des espèces non ciblées par la pêcherie (le grande gueule par exemple) ont vu leur biomasse augmenter alors que des espèces commerciales pourtant inexploitées depuis plus de dix ans n’ont absolument pas redressé leur effectifs ou biomasse (cas du colin de Kerguelen et du poisson des glaces par exemple). Les chiffres concernant la légine australe restent significatifs (127 000 tonnes, 78 millions d’individus) tant en zone du plateau qu’en zone profonde.

Ces résultats incitent à la fois à gérer les ressources exploitables et à protéger les espèces à importance écologique indéniable. L’environnement marin est constitué d’écosystèmes dont les espèces peuvent avoir des interactions fortes (prédateur/proie). De même, les stocks, s’ils subissent l’effet de la pêche, sont aussi sujets aux changements environnementaux qu’il convient d’analyser surtout pour des espèces très sensibles aux variations de température comme le poisson des glaces.

Un des résultats attendus de la campagne POKER était aussi la répartition spatiale et bathymétrique des espèces. Cette répartition est d’une remarquable stabilité pour les espèces communes analysées lors des campagnes SKALP (1987/88) et POKER (2006) même si les saisons n’étaient pas toutes identiques. Les concentrations sont permanentes et peuvent même être identifiées géographiquement en fonction de la croissance du poisson. De plus il y a une ségrégation nette entre les zones de concentration des différentes espèces, tant sur le plateau qu’en profondeur. A la différence d’autres zones mondiales, il y a très peu de superposition de populations d’espèces de poisson sur un secteur. Le poisson des glaces se cantonne au plateau nord-est et au banc Skif, le cacique antarctique au plateau nord ouest, le colin de Kerguelen au semi-profond sud-est….

Cette situation est idéale pour de nombreux aspects de gestion environnementale et de pêche puisque des secteurs peuvent être facilement délimités et isolés. Une protection de certaines zones peut ainsi être assurée. De même, on peut nettement améliorer les campagnes d’évaluation en cernant spécifiquement les secteurs de concentration d’une espèce et fournir ainsi des estimations de biomasse et d’abondance plus précises. POKER en balayant une zone plus vaste que SKALP a aussi permis de détecter des secteurs de concentration de poisson jusqu’à présent inconnus (cas du cassigné noir, de la bocasse triangulaire). C’est une avancée certaine sur la connaissance de l’écosystème marin.

Perspectives

Le bilan POKER est très positif. Cette campagne menée indépendamment de la pêcherie, ce qui était une condition de sa réussite, permet aux Taaf de connaître l’état réel d’une ressource exploitée depuis près de trente ans, de se faire une bonne idée des potentiels futurs et des règles à respecter pour une pérennisation de la ressource (gestion durable). Un couplage avec les données de la plus importante et plus ancienne base de données sur la pêche australe (PECHEKER) va permettre de répondre à plusieurs attentes de la communauté scientifique. Les multiples données acquises sur les espèces non commerciales amélioreront l’étude de la biodiversité. Enfin la cartographie de la distribution des espèces et de leur abondance par secteur géographique contribuera à la modélisation des habitats importants à préserver.

 

 

 • La ressource halieutique
 • La légine
 • L’évaluation
  Haut de page
 © 2010 Taaf     Mentions légales     Plan du site